
L’été 33 présageait d’être chaud car le Printemps commençait déjà à en montrer les signes avant-coureurs. Jésus s’apprêtait à avoir 40 ans. C’était l’âge auquel les Rois de Juda revêtaient officiellement la charge de Messie de leur peuple.
Jésus savait que son heure était venue. Il choisit la dernière semaine de février pour faire son entrée triomphale dans Jérusalem. Le Sanhédrin était en ébullition, « Que va-t-il faire ? Défier l’ordre Romain ou briser la légitimité du Sanhédrin ? » pensa Caïphe. Jésus était entouré d’un service d’ordre de Sicaires, il se disait Directeur spirituel… Tout cela devait être réprimé rapidement afin d’éviter que le peuple oublie où se trouvait le pouvoir spirituel auquel il devait être soumis.
Mariamné allait accoucher. Ce n’était pas la grossesse qui l’oppressait, elle avait le pressentiment que Jésus était à un tournant de son existence, qu’après cette semaine, plus rien dans leur vie ne serait comme avant. Allait-il devenir Roi ? Elle en doutait fort car cela ne convenait pas à l’état d’esprit de Jésus.
« Je suis là pour faire la volonté de Mon Père » lui avait répondu Jésus le soir de son arrivée à Jérusalem monté sur une ânesse. Une autre fois, il avait dit que seul celui qui mange sa chair et boit son sang aura la vie éternelle. Tout cela ressemblait davantage à une montée vers le sacrifice, Jésus s’offrirait peut-être comme victime sacrificielle ? Le temps du bonheur doux était certainement passé.
Le soir du Jeudi, Jésus réunit ses disciples et commença à leur laver les pieds.
« Je les réunis tous, parce que le moment était venu pour mon Eglise d’apparaître au monde et, pour toutes les brebis, de n’avoir plus qu’un seul Pasteur. Je voulus aussi montrer aux âmes que, même lorsqu’elles sont chargées des péchés les plus graves, je ne leur refuse jamais ma Grâce et je ne les sépare pas de celles que j’aime avec prédilection. Je les garde dans mon cœur, les unes et les autres, pour donner à chacune les secours nécessaires à son état…
Mais quelle fut ma douleur en voyant, représentées par l’infortuné Judas, tant d’âmes, souvent réunies à mes pieds, lavées de mon Sang et courant cependant à leur perte éternelle.
Je voudrais leur faire comprendre que ce n’est pas parce qu’elles sont en état de péché qu’elles doivent s’éloigner de moi. Qu’elles ne pensent pas qu’il n’y a plus de remède et que jamais elles ne seront aimées comme elles l’étaient autrefois… Non, pauvres âmes, tels ne sont pas les sentiments d’un Dieu qui va répandre tout son sang pour vous.
Venez toutes à moi et ne craignez pas car je vous aime ! Je vous purifierai de mon Sang et vous deviendrez plus blanches que la neige. Vos péchés seront noyés dans l’eau où moi-même je vous laverai te rien ne sera capable d’arracher de mon Cœur l’amour qu’il a pour vous ».
« Je lavais moi-même les pieds de mes apôtres, afin qu’à mon exemple, ceux qui se consacrent aux travaux apostoliques, sachent s’humilier devant les pécheurs comme devant les autres âmes qui leur sont confiées et les traiter toutes avec douceur. Je me ceignis d’un linge pour leur montrer que l’Apôtre doit se ceindre de mortifications et d’abnégations, s’il veut atteindre efficacement les âmes… Je voulus leur enseigner aussi la charité mutuelle, toujours prête à laver les fautes du prochain, c’est-à-dire à les cacher, à les excuser sans les divulguer jamais.
Enfin, l’eau que je versai sur les pieds de mes apôtres, était l’image du zèle qui consumait mon Cœur pour le Salut du monde… Mon Cœur ne put contenir tant d’ardeur et mon Amour infini pour les hommes ne put se résoudre à les laisser orphelins.
Alors, pour leur prouver cet amour et demeurer avec eux jusqu’à la consommation des siècles, je voulus me faire leur aliment, leur soutien, leur Vie et leur tout…
Je vis en ce moment de la première Cène, à travers les siècles, toutes celles qui s’alimenteraient de mon Corps, se désaltéreraient de mon Sang et les Fruits divins qu’elles en recueilleraient…
Qui pourra pénétrer les sentiments qui envahirent alors mon Cœur ? Sentiments de joie, d’amour, de tendresse… Mais qui pourra comprendre aussi son amertume ?
La Sainte cène est l’invention de l’Amour ! A ce moment, j’ai vu toutes les âmes privilégiées qui se nourrissaient de mon Corps et de mon Sang, et y trouveraient les unes , remède à leur faiblesse, les autres le feu pour consumer leur misère et les enflammer d’amour… Je réchaufferai celles qui ont besoin de chaleur et mon Corps Sacré serait le Soleil qui les ranimerait.
L’Amour m’enflammait du désir d’être l’aliment de ces âmes, car si je restais parmi les hommes, ce n’était pas seulement pour vivre avec les parfaits, mais pour soutenir les faibles et nourrir les petits. C’est moi qui les ferai grandir et les fortifierai ». (Paroles de Jésus tirées d’« Un appel à l’Amour », recueillies par Sœur Joséfa Menedez).
Ce soir-là, Mariamné comprit que l’heure du sacrifice était venue quand elle entendit Jésus se comparer au pain sans levain de la fête de Pessah, le pain de la hâte. Jésus faisait germer un nouveau mouvement religieux juif dans lequel il représenterait lui-même le passage de l’esclavage à la liberté, le vin de la fête serait le sang de Jésus, ce sang qui serait répandu sur l’autel du sacrifice. Tout se préparait pour un grand et dernier sacrifice pour sauver le monde du péché.
Mariamné était effrayée, elle n’osait imaginer ce qu’elle entrapercevait du destin de son mari. Un coup de pied du bébé dans son ventre la ramena à des préoccupations plus matérielles.
Marie non plus n’était pas tranquille. Elle qui était normalement si joyeuse en faisant les préparatifs de la fête du lendemain !
Jésus, avant de sortir prier ce soir-là, embrassa tendrement sa mère, sa femme et ses enfants, puis il s’agenouilla aux pieds de Mariamné et embrassa son ventre. Elle fut extrêmement surprise car cela n’était pas dans la coutume israélite dans laquelle la femme portant la vie ne pouvait être approchée que des femmes, les hommes risquant de se souiller à son contact jusqu’à ce que celle-ci ait effectué les rites de purifications (après la naissance de l’enfant) dans le bain rituel.
Mariamné le regarda sortir. Elle avait les larmes aux yeux : « Ô Père éternel, que ta volonté soit faite. Béni et protège le Saint de Dieu » pensa-t-elle la gorge serrée, « Aie pitié de nous pauvres pêcheurs ». Marie, de son côté, laissa le reste du rangement de la chambre haute pour un temps, et, entrant dans la chambre des femmes, s’agenouilla et a dressa au Père eternel une prière silencieuse.
La nuit serait longue, c’était la nuit de la délivrance, la nuit où le Grand et Dernier Sacrifice allait passer sur le Monde.
Elle redoutait cette nuit, mais elle adorait son Père Céleste qui, permettait qu’en cette nuit, le monde soit sauvé. Elle savait que c’était pour que s’accomplisse cette nuit, que Jésus était né, avait pris chair en elle, et qu’il s’offrirait en victime expiatoire pour son peuple. Jésus lui avait parlé de l’importance de ce sacrifice. Elle savait qu’il était prêt pour cela et qu’il avait besoin de l’amour des deux femmes de sa vie pour avoir le courage d’accomplir son sacrifice.
Juda aussi connaissait l’importance de cette nuit, mais il croyait seulement que le Maître voulait provoquer la confrontation avec le Sanhédrin, il était à mille lieues d’imaginer qu’il livrerait le Maître à la mort. Jésus lui avait parlé de l’importance qu’il soit livré au Sanhédrin et l’avait désigné pour susciter l’entrevue. Juda n’en savait pas plus, mais en bon sicaire obéissant, il effectuait sa tâche.
Jésus réalisa en cette nuit le grand et unique sacrifice expiatoire pour le salut de tous ses frères et sœurs d’esprit de toutes les générations du temps. Il devait tant souffrir que sa sueur se changea en sang et qu’en ange dût lui apparaître pour le réconforter sur l’importance de ce qu’il accomplissait. Il douta peut-être, mais le Père ne le quitta jamais.
Doucement, dans l’effacement de leur humilité remarquable et de leur amour pour nous, le Père etla Mère Célesteversèrent des torrents de larmes en cette nuit et le jour qui suivit.
« Je me retirai au Jardin de Gethsémani, c’est-à-dire dans la solitude. Que l’âme cherche son Dieu loin de tout, au-dedans d’elle-même. Que, pour le trouver, elle impose silence à toutes les agitations de la nature, si souvent en lutte contre la Grâce. Qu’elle fasse taire les raisonnements de l’amour-propre ou de la sensualité qui cherchent sans cesse à étouffer les inspirations de la Grâce et qui s’opposent en elle à la rencontre de Dieu.
Adorez ses desseins sur vous quels qu’ils soient …et que tout votre être se prosterne comme il convient à la créature en présence de son Créateur !
C’est ainsi que je m’offris pour accomplir l’œuvre de la Rédemption du monde. Au même instant, je vis s’appesantir sur moi tous les tourments de la Passion : les calomnies, les insultes… les fouets et la couronne d’épines…la soif…la croix…toutes ces douleurs se pressèrent à mes yeux, en même temps que la multitude des offenses, des péchés et des crimes qui se commettraient à travers les siècles…Non seulement je les vis, mais j’en fus revêtu…
Et, sous ce fardeau d’ignominies, je dus me présenter à mon Père Très Saint pour implorer Miséricorde. Sous le poids de tant de crimes, ma nature humaine fut saisie d’une telle angoisse et d’une si mortelle agonie, que tout mon Corps fut couvert d’une sueur de sang. Submergé d’un océan de tristesse, j’allais chercher les trois disciples que j’ai laissés à quelque distance.
Je les avais choisis, afin de me reposer près d’eux en leur faisant partager ma prière et mon angoisse. Comment dire ce qu’éprouva mon Cœur lorsque j’allai les chercher et que je les trouvai plongés dans le sommeil ? Quelle peine, pour celui qui aime, d’être seul et de ne pouvoir se confier aux siens !…
Retournant à ma prière, je me prosternai de nouveau. J’adorai mon Père et j’implorai son secours. Je ne lui dis pas « Mon Dieu », mais « Mon Père ». Lorsque votre cœur souffre davantage, c’est alors que vous devez aussi appeler Dieu, votre Père. Suppliez-le de vous aider, exposez-lui vos souffrances…vos craintes…vos désirs…et par le cri de votre douleur, rappelez-lui que vous êtes son enfant. Dites-lui que votre corps est épuisé, que votre cœur est oppressé jusqu’à en mourir, que votre âme semble expérimenter ce qu’est la sueur de sang. Priez-le avec une confiance d’enfant et attendez tout de celui qui est votre Père. Lui-même vous soulagera et vous donnera la force nécessaire pour traverser les tribulations ou la souffrance.
Mon âme, triste et désemparée, allait souffrir d’une angoisse plus mortelle encore, car sous le poids des iniquités de l’humanité et en retour de tant de souffrances et de tant d’amour, je ne voyais qu’outrages et ingratitudes. Le sang qui coulait de tous mes pores et qui jaillirait bientôt de toutes mes blessures, resterait inutile pour tant d’âmes…beaucoup se perdraient…d’autres en plus grand nombre m’offenseraient et des multitudes ne me connaîtraient même pas ! Je répandrais ce sang pour toutes et mes mérites seraient offerts à chacune… Sang divin ! Mérites infinis ! inutiles cependant pour tant et tant d’âmes !
Oui, pour toutes je verserais mon Sang et toutes seraient aimées d’un grand Amour. Tout cela fut alors présent à mes yeux et à mon cœur. Que faire ?…reculer ?…demander à mon Père de me délivrer de cette angoisse ?… Lui représenter l’inutilité de mon Sacrifice pour tant d’âmes ?…Non, je me soumis de nouveau à sa volonté très sainte et j’acceptai ce calice pour l’épuiser jusqu’à la lie.
Je l’ai fait pour vous apprendre à ne pas reculer en face de la souffrance. Ne la croyez jamais inutile, même si vous n’en voyez pas le résultat : soumettez votre jugement et laissez la volonté divine agir et s’accomplir en vous.
Pour moi, je ne voulus ni reculer, ni fuir. Et sachant que là, dans ce jardin, mes ennemis allaient me saisir, j’y demeurai.
Réconforté par l’Envoyé de mon Père, je vis soudain venir Judas, l’un de mes douze apôtres et, à sa suite, ceux qui devaient s’emparer de Moi. Ils étaient armés de bâtons et de pierres, chargés de chaînes et de cordes pour me saisir et me lier.
Je me levai et, m’approchant, je leur dis : « Qui cherchez-vous ? »
Alors, Judas mettant les mains sur mes épaules, m’embrassa ! Ah, Judas, que fais-tu et que signifie ce baiser ?
Quand les soldats s’avancèrent pour me saisir, je leur dis « C’est moi ! » Après qu’il m’eut donné ce baiser, Judas sortit du jardin et, comprenant l’étendue de son crime, il se désespéra. Qui pourra mesurer ma douleur quand je vis mon apôtre marcher à sa perte éternelle ! !
L’heure est venue cependant et, donnant toute liberté aux soldats, je me livrai avec tout la docilité d’un agneau. Ils me traînèrent aussitôt à la Maison de Caïphe, où je fus reçu par des moqueries et des insultes, et où l’un des valets me donna le premier soufflet ! Dans ce premier soufflet, je vis le premier péché mortel de tant d’âmes jusqu’alors en état de grâce. Et après le premier, combien d’autres !…
Mes apôtres m’ont abandonné…Pierre seul, entraîné par la curiosité, mais rempli de crainte, se dissimule au milieu des serviteurs.
Autour de moi, rien que de faux témoins qui accumulent mensonge sur mensonge pour attiser la colère des juges iniques. Ceux-là même dont les lèvres ont acclamé tant de fois mes miracles, se font aujourd’hui mes accusateurs. Ils m’appellent perturbateur, profanateur du Sabbat, faux prophète…Où donc étiez-vous, Apôtres et Disciples, témoins de ma vie, de mes enseignements, de mes miracles ? Hélas ! De tous ceux dont j’attendais quelque preuve d’amour, aucun n’est là pour me défendre.
Je suis seul, accusé des crimes les plus vils, entouré de soldats comme de loups dévorants…tous me maltraitent…l’un me frappe le visage, l’autre me jette sa salive et cet autre me tourne en dérision ! Et tandis que mon cœur s’offre à tous ces supplices pour délivrer les âmes de la captivité du péché : Pierre, qui peu d’heures auparavant, a promis de me suivre jusqu’à la mort, Pierre qui a l’occasion de me rendre témoignage, répond à une simple demande par un premier reniement. Et comme la question se renouvelle et que la frayeur s’empare de plus en plus de lui, il jure qu’il ne m’a jamais connu et qu’il n’a jamais été mon disciple !…Ah ! Pierre, tu jures que tu ne connais pas ton Maître ! Non, seulement tu le jures, mais une troisième fois tu le renies par d’horribles imprécations…
Tandis que les soldats me conduisaient à la prison, j’aperçus Pierre au milieu des valets et mes yeux se fixèrent sur lui. Il me regarda et pleura amèrement son péché.
Je passai un grande partie de la nuit dans la prison. C’est là que les soldats, joignant les paroles aux actes, vinrent m’insulter, se moquer de moi, m’outrager, et me frapper à la tête et sur tout le corps…Lassés enfin, ils m’abandonnèrent seul et lié, dans ce lieu obscur et humide. Pour siège, ils me donnèrent une pierre où mon corps endolori fut saisi par le froid. Enfin, dans la prison, lorsqu’ils me poussèrent et me laissèrent tomber à terre, lié et sans forces…Je vis tant d’âmes me préférer un jour leur satisfaction. M’enchaîner par leurs ingratitudes, me repousser et renouveler ma chute douloureuse en prolongeant ma solitude.
Dans la prison, ce qui me consumait d’amour et avivait en moi une nouvelle soif de douleurs, c’était la pensée de tant et tant d’âmes que j’attirerais plus tard à suivre mes traces. Je les voyais, pour mon Amour, aller jusqu’à se sacrifier pour eux, comme moi-même je me sacrifiais pour le salut de ceux qui me traitaient ainsi.
Je les voyais, soutenues par ma grâce, répondre à l’Appel divin, embrasser l’état de perfection, s’emprisonner dans la solitude, se lier elles-mêmes par les chaînes de l’amour, renoncer à tout ce qu’elles aimaient légitimement, supporter avec courage les soulèvements de leur propre nature, se laisser juger, accepter même d’être méprisées, diffamées et leur vie tenue pour folie…et garder leur cœur à travers tout, intimement uni à leur Dieu et Seigneur. Que votre cœur s’unisse plus intimement à Dieu, l’unique objet de votre amour et réparez sa Gloire outragée par tant de péchés !
Ainsi, au milieu des outrages et des traitements infâmes, l’amour me consumait du désir d’accomplir la volonté de mon Père, et mon Cœur, étroitement uni à lui durant ces heures de solitude et de douleurs, s’offrait à réparer sa Gloire.
A l’aube du jour suivant, Caïphe donna l’ordre de me conduire à Pilate afin qu’il prononçât contre moi la sentence de mort.
Pilate m’interrogea avec sagacité, dans l’espoir de découvrir un véritable motif de condamnation, mais n’en trouvant aucun, il sentit bientôt sa conscience épouvantée de l’injustice qu’il allait commettre. Aussi, pour se défaire de moi, ordonna-t-il de m’envoyer à Hérode.
A toutes les demandes de Pilate, je ne répondis rien, mais lorsqu’il me posa cette question « Es-tu le Roi des Juifs ? » alors, avec gravité et dans la plénitude de ma responsabilité, je répondis : « Tu l’as dit, je suis Roi ! Mais mon royaume n’est pas de ce monde ! »
C’est ainsi que l’âme doit répondre avec énergie et générosité : « Non, mon royaume n’est pas de ce monde, c’est pourquoi je ne cherche pas la faveur des hommes. Je vais à ma vraie patrie où m’attendent le repos et le bonheur. Ici bas, je n’ai pas à tenir compte de l’opinion du monde, mais à accomplir fidèlement mon devoir ».
Hérode était un homme pervers qui ne cherchait qu’à satisfaire ses passions désordonnées. Il se réjouit de me voir comparaître à son tribunal, espérant se divertir de mes paroles et de mes miracles. Pendant ce temps, mon Cœur était intimement uni à mon Père Céleste. Le désir de donner aux âmes que j’aime tant, jusqu’à la dernière goutte de mon Sang, me consumait. La pensée de toutes celles qui me suivraient un jour, subjuguées par mon exemple et ma libéralité, m’enflammait d’amour !
Après avoir subi les affronts les plus ignominieux dans le plus parfait silence, je me laissai traiter de fou ! Et, revêtu de la robe blanche en signe de dérision, je fus amené à Pilate au milieu des cris de la multitude.
Je me laissai conduire avec la douceur d’un agneau au terrible supplice de la flagellation. Sur mon corps couvert de meurtrissures et brisé de fatigue, les bourreaux déchargent, avec la plus cruelle frénésie, leurs verges et leurs fouets…Tous mes os sont ébranlés dans la plus terrible douleur…des lambeaux de ma chair divine volent emportés par les verges…le sang jaillit de tous mes membres et je suis bientôt réduit à un état si pitoyable que je n’ai même plus l’apparence d’un homme !…
Regarde-moi et laisse-toi guider par la Grâce et par le désir de me consoler dans cet état de victime. Ne crains pas. Ta souffrance n’égalera jamais la mienne ! Et pour tout ce que je te demanderai, ma Grâce t’assistera.
Quand les bourreaux se furent lassés à force de frapper, ils tressèrent une couronne d’épines, l’enfoncèrent sur ma tête et défilèrent devant moi en disant : « Roi ! Nous te saluons !… » Les uns m’insultaient, les autres me frappaient à la tête et chacun ajoutait une nouvelle douleur à celles qui déjà épuisaient mon corps.
Oui, moi qui suis le Fils de Dieu, le Soutien de l’univers, j’ai voulu passer aux yeux des hommes comme le dernier et le plus méprisable de tous. Loin de fuir l’humiliation, je l’ai embrassée pour expier les péchés d’orgueil et entraîner les âmes par mon exemple. J’ai permis que ma tête fut couronnée d’épines et qu’elle souffrît pour réparer les péchés de tant d’âmes qui refusent d’accepter ce qui les abaisse aux yeux des créatures.
Non ! Aucun chemin, aucun état n’est vil ou humiliant, dès qu’il s’agit de suivre la volonté de Dieu.
C’est donc couronné d’épines et revêtu d’un manteau de pourpre que les soldats me ramenèrent à Pilate, en m’accablant à chaque pas de cris, d’insultes et de moqueries. Pilate, ne trouvant en moi aucun crime digne de châtiment, me questionna de nouveau et il me demanda pourquoi, sachant qu’il avait tout pouvoir sur moi, je ne lui répondais rien.
Alors, sortant de mon silence, je lui dis : « Tu n’aurais aucun pouvoir s’il ne t’avait été donné d’En-Haut, mais il faut que les Ecritures s’accomplissent » et, fermant de nouveau les lèvres, je m’abandonnai… Pilate, troublé par l’avertissement de sa femme, tiraillé entre les remords de sa conscience et la crainte de voir le peuple déchaîné se soulever contre lui, s’il se refusait à ma mort, me présenta à la foule dans l’état pitoyable où l’on m’avait réduit et proposa de me rendre la liberté en condamnant à ma place Barabbas, qui était un insigne voleur.
Mais la multitude s’écria avec rage et d’une seule voix : « Qu’il meurt…Nous voulons qu’il meurt et que Barabbas soit délivré ! ».
Médite un instant la souffrance de mon cœur souverainement tendre et délicat, lorsqu’il se vit préférer Barabbas…et que, me voyant méprisé à tel point…Je fus transpercé au plus intime de l’âme par les cris de ma foule qui demandait ma mort !
Comme je me rappelais les tendresses de ma mère quand elle me serrait sur son cœur…Les fatigues et les soins de mon père adoptif s’était imposés pour mon amour !…Comme je repassais les bienfaits si libéralement répandus sur son peuple…la vue rendue aux aveugles…la santé aux malades…l’usage de leurs membres aux infirmes…les foules nourries dans le désert…les morts eux-mêmes ressuscités ! Et maintenant, contemplez-moi, réduit à l’état le plus méprisable…objet plus qu’aucun autre de la haine des hommes et condamné comme un voleur infâme ! La multitude a demandé ma mort et Pilate a prononcé la sentence.
Tandis que la perte éternelle de Judas plongeait mon cœur dans un abîme de tristesse, les bourreaux, insensibles à ma douleur, placèrent sur mes épaules meurtries, la croix dure et pesante sur laquelle allait se consommer le mystère de la Rédemption du monde.
Anges du ciel, contemplez ce Dieu devant lequel vous êtes prosternés en adoration constante…Voyez le Créateur de toutes les merveilles d’ici-bas, monter vers le Calvaire, sous le bois saint et béni qui va recevoir son dernier soupir.
Ma fatigue est si grande et la croix est si lourde, que je tombe défaillant à mi-chemin…Voyez alors ces hommes inhumains me relever brutalement : l’un me tire par un bras, l’autre par mes vêtements qui sont collés à mes blessures…celui-ci me serre à la gorge…celui-là me saisit par les cheveux…d’autres m’accablent de coups de poings et de pieds. La croix retombe sur moi, m’écrasant de tout son poids. Les pierres du chemin meurtrissent mon visage. Le sable et la poussière se mêlent à mon sang pour obscurcir mes yeux et se coller à ma face : Je suis l’être le plus méprisable de la terre !
Avancez encore avec moi…A quelques pas plus loin, vous rencontrerez ma très Sainte Mère. Le Cœur transpercé de douleur. Considérez le martyr de ces deux cœurs : Pour ma Mère, celui qu’elle aime par-dessus tout, c’est son fils…et loin de pouvoir le soulager elle sait au contraire tout ce que sa présence ajoute à mes souffrances.
Pour moi, celle que j’aime le plus au monde, c’est ma mère ! Et non seulement je ne puis la consoler, mais l’état pitoyable où elle me voit réduit, la transperce d’une douleur semblable à la mienne, car la mort que je souffre dans mon corps, ma mère la porte dans son cœur.
Ah ! Comme ses yeux s’attachent à moi et comme les miens, obscurcis et ensanglantés, se fixent sur elle ! Pas une parole n’est prononcée, mais que de choses se disent nos deux cœurs en cette douloureuse entrevue !
Tous les tourments de ma Passion étaient présents à l’esprit de ma mère par révélation divine. Quelques uns de mes disciples, bien que de loin, par crainte des Juifs, cherchaient aussi à s’informer de ce qui se passait pour le lui rapporter…Dès qu’elle sut que ma sentence de mort était prononcée, elle sortit à ma rencontre et ne me quitta plus jusqu’à ce que l’on me déposât dans le Sépulcre.
Pendant ce temps, le cortège s’avance sur le chemin du Calvaire. Ces hommes iniques, craignant de me voir mourir avant le terme, s’accordent entre eux pour chercher quelqu’un qui m’aide à porter la croix. C’est alors qu’ils réquisitionnent pour un prix modique, un homme des environs appelé Simon.
Voici que nous approchons du Calvaire. La foule s’agite, tandis que je n’avance qu’avec peine…Et bientôt, exténué de fatigue, je tombe pour la troisième fois.
Ma première chute obtiendra aux pécheurs enracinés dans l’habitude du mal, la force de se convertir. La seconde encouragera les âmes faibles, aveuglées par la tristesse et l’inquiétude, à se relever et à reprendre avec une nouvelle ardeur le chemin de la vertu…La troisième aidera les âmes à se repentir à l’heure suprême de la mort.
Les uns saisissent la croix et l’étendent vers le sol…les autres arrachent mes vêtements. Mes blessures se rouvrent et le sang coule à nouveau. Considérez, âmes qui m’aiment, quelle ne fut pas ma honte en me voyant ainsi exposé devant la multitude ! Quelle douleur pour mon corps et quelle confusion pour mon âme !
L’heure est sonnée ! Les bourreaux m’étendent sur la croix. Ils saisissent mes bras et les étirent, afin que mes mains puissent atteindre les trous déjà creusés dans le bois. A chaque secousse, ma tête est ballottée de côté et d’autre…et les épines de la couronne y pénètrent plus profondément. A chaque coup de marteau les cieux frémissent et les anges se prosternent devant un tel spectacle.
Pour moi, je garde le plus profond silence et pas une plainte ne s’échappe de mes lèvres. Après avoir cloué mes mains, ils tirent cruellement mes pieds : les plaies se rouvrent, les nerfs se rompent, les os se déboîtent, la douleur est intense ! Mes pieds sont transpercés et mon sang baigne la terre.
Et tandis que les clous de marteau résonnent d’un bout à l’autre de l’espace, le monde tremble, le ciel se revêt du plus rigoureux silence, tous les esprits angéliques se prosternent en adoration…Un Dieu est cloué sur la croix ! C’est l’amour qui va me conduire à la mort.
Voici l’heure de la Rédemption du monde ! Ils vont m’élever de terre et m’offrir en spectacle de dérision à la foule mais aussi à l’admiration des âmes ! Le monde a trouvé la Paix ! Cette croix qui, jusqu’alors, était l’instrument de supplice où expiraient les criminels, devient la lumière du monde et l’objet de la plus profonde vénération ! Dans mes plaies sacrées, les pécheurs puiseront le pardon et la vie. Mon sang lavera et effacera toutes leurs souillures. Dans mes plaies sacrées, les âmes pures viendront se désaltérer et s’embraser d’amour. Là, elles se réfugieront et fixeront à jamais leur demeure. Le monde a trouvé son Rédempteur et les âmes choisies, le modèle qu’elles doivent imiter.
- Ô mon Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font.
Non ! Ils n’ont pas connu celui qui est leur vie. Ils ont déchargé sur lui toute la fureur de leurs iniquités. Mais, je vous en supplie, Ô mon Père, déchargez sur eux toute la force de votre Miséricorde !
- Aujourd’hui tu seras avec moi en Paradis.
Car ta foi en la Miséricorde de ton Sauveur a effacé tous tes crimes et c’est elle qui te conduit à la vie éternelle.
- Femme, voilà votre fils !
Ô ma mère ! Voilà mes frères, gardez-les, aimez-les. Vous n’êtes plus seuls, ô vous pour qui j’ai donné ma vie ! Vous avez maintenant une mère à laquelle vous pouvez recourir en toutes vos nécessités.
- Mon Dieu ! Pourquoi m’avez-vous abandonné ?
Oui, l’âme a désormais le droit de dire à son Dieu « Pourquoi m’avez-vous abandonnée ? », car après la consommation du mystère de la Rédemption, l’homme est devenu fils de Dieu, frère de Jésus-Christ, héritier de la vie éternelle.
Ô mon Père ! J’ai soif de votre Gloire et voici que l’heure est venue ! Désormais, en voyant la réalisation de mes Paroles, le monde connaîtra que c’est vous qui m’avez envoyé et vous serez glorifié !
J’ai soif des âmes et, pour apaiser cette soif, j’ai donné jusqu’à la dernière goutte de mon sang. C’est pourquoi je puis dire :
Maintenant est achevé le grand mystère d’Amour dans lequel un Dieu livre à la mort son propre fils, pour rendre la vie à l’homme. Je suis venu dans le monde pour faire votre volonté : Ô mon père, elle est accomplie !
- En vos mains, je remets mon âme et, à vous, je livre mon esprit.
Ainsi, les âmes qui ont accompli ma volonté pourront-elles dire en vérité : « Tout est consommé ! Mon Seigneur et mon Dieu, recevez mon âme, je la remets entre vos mains ». (Paroles de Jésus tirées d’« Un appel à l’Amour », recueillies par Sœur Joséfa Menedez).
Lorsque Jésus rendit l’âme, le Père Céleste déchira son vêtement en signe de deuil et le voile du Temple se déchira de haut en bas.
Jésus n’était plus, mais son œuvre universelle ne faisait que commencer. Mariamné, Marie, Marie-Salomé (sœur de Jésus) et Jean étaient là près de la croix, en larmes, ils priaient tous sous une pluie battante. La foule était partie, « le spectacle était fini » et tout le monde se préparait à célébrer le repas du Seder et la sortie du peuple juif de l’esclavage d’Egypte.
Plus que jamais, Jésus en ce soir du Seder représentait l’agneau immolé et son sang, le sang protecteur qui passa sur le linteau des portes des Israélites pour protéger les premiers nés de la mort dans la nuit de la délivrance de Pâques. Jésus, en lui-même récapitulait toute l’histoire du salut et l’élevait vers le Père.
Pour l’instant, Joseph d’Arimatie, l’Ha Rama Théo, c’est-à-dire le Directeur spirituel de la communauté nazaréenne, se pressait de demander à Pilate, avant la tombée du jour, l’autorisation de prendre le corps de Jésus et de le mettre au tombeau.
Mariamné pressait sur son cœur la coupe qu’elle avait emportée prestement l’après-midi même pour faire boire Jésus. Elle n’avait pas pu l’approcher, mais quand après sa mort, le centurion Longinus avait transpercé le flanc de Jésus pour s’assurer de sa mort, elle avait recueilli dans la coupe une partie du sang et de l’eau qui s’échappaient de la plaie. Pour ressusciter, Jésus devait avoir un corps complet et les humeurs et le sang qui s’échapaient de son corps devaient être rassemblés et ensevelis avec lui.
Nicodème et Joseph d’Arimatie, vieux amis d’enfance et Grand-Prêtres, unirent leurs efforts pour ensevelir Jésus et lui donner une sépulture correcte. Il fut lavé et préparé pour recevoir l’embaumement rituel deux jours après au moment de la levée du shabbat. Jésus fut lavé, préparé et enveloppé de bandelettes. La coupe fut placée à ses pieds.
Tout avait été trop vite pour Juda, de tout ce à quoi il s’était attendu, rien ne s’était déroulé comme il faut. Il souhaitait que le Maître s’explique devant le Sanhédrin : à la place, Jésus n’avait prononcé aucune parole, il avait été traîné vers Hérode : Il n’avait pas réclamé le trône de Juda, Pilate l’avait reçu et il l’avait condamner. Il avait osé condamner le Maître ! !
Alors, l’inouï s’était produit : Jésus avait été crucifié entre deux criminels pour le motif d’accusation qu’il se disait Roi des Juifs. Il ne cessait de se répéter : « Je n’ai pas voulu cela ». Il avait jeté l’argent que lui avait donné le Sanhédrin pour avoir livré Jésus. Cet argent lui brûlait les doigts.
Il voulait que le Père Céleste le foudroie sur place mais aucun nuage à l’horizon ne présumait que la foudre puisse tomber sur lui. « Pourquoi m’as tu laissé faire ça à ton Fils ? » criait-il au bord des larmes au Père Céleste.
Ceux qui le voyait déambuler croyaient qu’il était ivre ou qu’il divaguait, mais en fait, il était ivre de tristesse et de douleur. Si ivre de douleur qu’il trébucha au sortir de la ville, tomba en arrière et se fracassa la tête sur un rocher. « Merci » fut son dernier mot. Le Père Céleste lui avait répondu.
Bien triste Seder pour la petite communauté rassemblée au cénacle. Là, tous regroupés dans le désarroi le plus complet, les disciples, les femmes et les enfants attendaient terrorisés. Qu’allait-il se passer ? Les troupes d’Hérode ou de Pilate allaient-elles venir les chercher et les jeter en prison, détruisant ainsi tout le mouvement spirituel naissant que Jésus avait initialisé ? Tous les disciples avaient peur pour leur vie et barricadèrent les portes pendant les deux jours qui suivirent. Marie et Mariamné attendaient dans la foi et la prière confiante le retour du Maître, elles ne doutaient pas que Dieu bénirait son Saint et le glorifierait, elles ne savaient simplement pas quand cela se produirait.
Le premier jour de la semaine, Mariamné, Marie-Salomé et Marie-Jacobé (la sœur de Marie) allèrent au tombeau de grand matin. La pierre du tombeau était enlevée quand les trois femmes arrivèrent. Elles virent un ange qui les avertit qu’elles ne devaient pas être effrayées et que Jésus n’était plus là mais qu’il était ressuscité. Cette nouvelle suffit à Marie-Salomé et Marie-Jacobé qui éperdues de joie coururent en avertir les disciples.
Mais Mariamné, bouleversée par tant de chagrin et l’annonce d’une si grande nouvelle s’agenouilla et se mit pleurer. Ainsi, le Saint de Dieu n’attendrait pas dans la tombela Résurrectiondes morts pour revenir avec eux à la vie, il était déjà ressuscité, le troisième jour après sa mort ? ! Tout cela était si subit ?
Plongée dans ses pensées, elle senti le bruissement d’une tunique auprès d’elle et comprenant qu’elle n’était pas seule dit à la personne qui était à ses côtés : « Si c’est toi qui l’a pris, dis-moi où tu l’as mis, je viendrai le reprendre ».
Farouche, elle leva les yeux d’un air de défi et fut subitement éblouie par un halo de lumière :
- « Mariamné » dit la voix du celui qui était à côté d’elle.
- « Rabbouni », s’écria-t-elle dans un accès de joie reconnaissante.
Elle s’élança et étreignit les pieds divins de Jésus percés par les clous de la croix, son mari était revenu à la vie. Quelle joie !
- « Ne me retiens pas, je ne suis pas encore retourné vers le Père » éclata de rire Jésus, les yeux pétillants d’amour pour son épouse bien-aimée.
Mariamné comprit vite qu’il n’était pas revenu que pour elle, il avait une mission à accomplir pour ses frères auprès du Père.
Son chagrin lui fut enlevé de suite et c’est en apôtre du Seigneur Ressuscité qu’elle quitta le jardin de la tombe. Il n’était plus là, il était bien ressuscité. Son cœur battait au comble de la joie. Quand elle en parla à ses frères les disciples, ils ne purent croire à « cette folie ».
Marie, elle, s’agenouilla et, de gratitude envers l’extrême bonté du Père, fit une longue prière d’action de grâce. Le soir suivant, Jésus apparut aux apôtres rassemblés au Cénacle. Il leur montra ses mains, ses pieds, son côté transpercé et tous se réjouirent reconnaissant en lui leur Seigneur Ressuscité. Ils ne s’excusèrent pas auprès des femmes de ne pas les avoir crues. Mais le contraire les eut étonnées !
« Mes amis, nous allons préparer le Royaume et annoncer à toute la terre que la mort est vaincue et que le Salut est entré dans le Monde » déclara Jésus avec force et toute l’affection de son cœur. Alors, commencèrent 40 jours glorieux durant lesquels les apôtres bannirent toute crainte.
Durant cette période naquit bébé Yeshuah-Joseph (Joseph voulant dire « cadet ». Jésus fit la cérémonie du nom pour son fils, rendant grâce au Père de lui avoir permis d’être là pour cette grande et ultime joie familiale.